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La force du nom

Leur nom, ils l’ont changé - Un nom taillé sur mesure

Sous la direction de
- Cyril Aslanov (Professeur de linguistique ; Directeur de l’Institut des Humanités générales de l’Université Hébraïque de Jérusalem),
- Céline Masson (Psychanalyste, Maître de Conférences, Université Paris Diderot) et
- Michel Wolkowicz (Psychanalyste, A.P.F., Professeur associé aux universités de Paris, Tel-Aviv, Glasgow).

Colloque international visuel, parlé et sonore

« On conseilla à un vieux juif russe de se choisir un nom bien américain que les autorités d’état civil n’auraient pas de mal à transcrire. Il demanda conseil à un employé de la salle des bagages qui lui proposa Rockfeller. Le vieux juif répéta plusieurs fois de suite Rockfeller, Rockfeller pour être sûr de ne pas l’oublier. Mais lorsque, plusieurs heures plus tard, l’officier d’état civil lui demanda son nom, il l’avait oublié et répondit, en yiddish : Schon vergessen (j’ai déjà oublié), et c’est ainsi qu’il fut inscrit sous le nom bien américain de John Fergusson. »

LA FORCE DU NOM
Leur nom, ils l’ont changé
Un nom taillé sur mesure

« Des historiens nous ont dit que si notre petite nation a résisté à la destruction de son indépendance en tant qu’Etat, c’est uniquement parce qu’elle se mit à placer au plus haut degré de son échelle des valeurs ses biens spirituels, sa religion et sa littérature.
Nous vivons actuellement en un temps où ce peuple a la perspective de reconquérir la terre de ses pères avec l’aide d’une Puissance qui domine le monde, et il célèbre à l’occasion en fondant une université dans son ancienne capitale.
Une université est un lieu où le savoir est enseigné au-dessus de toutes les différences de religions et de nations, où la recherche qui est menée doit montrer à l’humanité dans quelle mesure nous comprenons le monde qui nous entoure et dans quelle mesure nous pouvons le contrôler.
Une telle entreprise est un noble témoignage du développement auquel notre peuple
est parvenu, en se frayant un chemin à travers deux mille ans de destin malheureux.
Je suis peiné que ma mauvaise santé ne me permette pas d’être présent aux festivités inaugurales de l’Université juive de Jérusalem »

Sigmund Freud, « Message à l’occasion de l’inauguration de l’université hébraïque  », 1925 (OC, vol. 17, p.151)

Avec l’Université hébraïque de Jérusalem, l’Université Paris-7 (Centre de Recherches Psychanalyse et Médecine, C.R.P.M.), l’Université Lille 3, l’Université de Cardiff (School of European Studies), l’Université Universidade Federal do Rio Grande do Sul, Porto Alegre (Laboratório de Pesquisa em Psicanálise, Arte e Politica), l’Institut Elie Wiesel, l’O.S.E., le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (Paris), le Farband-Union des sociétés juives de France, l’Université de Lausanne (l’Institut de psychologie, UNIL), la revue L’Arche, Le Cercle Bernard Lazare
Avec le soutien de l’Ambassade de France en Israël

Argument : Sur la route de soi

« M. Katzmann change de nom en traduisant : Katz = chat, mann = l’homme. Il s’appelle désormais Chatlhomme. »

Après les colloques Shmattès et Panim, du fil de soi au visage de l’exil, nous aimerions interroger la question du nom. Les noms comme les visages nous identifient, ils portent l’histoire des ancêtres et se (trans)portent de génération en génération : transmission du patronyme, du nom dit de famille. Comme nous dit la petite histoire (juive), les noms nous collent à la peau et à vouloir s’en séparer, ils vous reviennent comme des signifiants porteurs de l’origine. Le nom, l’identité qui marque la filiation et l’intégration dans le groupe, est l’élément fondamental qui constitue la personne en tant qu’être social.
L’appartenance au groupe et l’insertion dans la lignée passent par l’attribution du nom, donc d’une parole, qui assure l’inscription symbolique de l’enfant dans sa filiation et dans la différence des générations et des sexes, dans un désir d’identification, et dans une responsabilité tant à l’égard des morts que des vivants.

Dans la tradition juive, le nom apparaît comme porteur de sens. Dans la Bible, le premier acte d’Adam fut de nommer tous les animaux et tous les oiseaux que dieu avaient créés (Genèse 2, 19-20). Puis Adam nomme sa femme Ève (le récit biblique informe que l’homme appela sa femme Havvah (Ève), la mère de tous les vivants, et que l’article (ha) placé devant adam disparaît formant ainsi un nom). Le nom d’un individu vint à représenter l’essence de sa nature. Le nom que chacun porte prit une importance telle que lorsque quelqu’un changeait, son nom devait aussi être changé (Abram, Saraï, Jacob et Hochéa dont les noms furent changés en Abraham, Sarah, Israël, et Josué en sont de bons exemples.)

« Comment savons-nous que le nom d’une personne agit sur sa vie ? » demande le Talmud (Ber 7b).
Selon ce dernier, les « enfants d’Israël ne changèrent pas leurs noms en Égypte ; comme Ruben et Siméon ils y entrèrent, et comme Ruben et Siméon ils en partirent ».

A faire la route (de l’exil), nombreux sont ceux qui ont changé d’un « nom à coucher dehors » car ce nom, parfois difficilement prononçable, les identifiait comme venant d’ailleurs, risquant de freiner leur intégration et leur promotion sociale. Avec l’espoir que franciser son nom pourrait éviter de nouvelles persécutions. Un nom changé est donc un nom de passe, un nom traversier (comme Michel de Certeau parlait d’une « langue traversière »), il permet de passer sans nous faire prendre. Et avec le nom, il y a l’accent, cet accent de passage qui nous identifie et qui fait de la langue que nous parlons une langue d’ailleurs. Albert Memmi évoque ce souvenir : « L’un de nos professeurs de faculté avait la manie fort plaisante, croyait-il, de traduire systématiquement les noms de ses étudiants juifs :
“Klein ? Savez-vous ce que signifie Klein ? En allemand, cela veut dire petit. Vous deviez avoir un ancêtre de petite taille”, etc. Bien entendu, il prononçait en outre Klaïnne, à l’allemande. »

Dans son livre Changer de nom, Nicole Lapierre écrit : « Avec la mise en place de l’état civil des Juifs, la volonté identificatrice et assimilatrice de l’État s’attaque, cette fois, aux identités et traditions religieuses.
Ayant obtenu la citoyenneté en 1791, les Juifs sont concernés par le décret de fructidor au même titre que les autres Français. Or la relative imprécision de leurs noms de famille dans certaines régions, notamment en Alsace, n’est pas compatible avec la volonté de centralisation administrative mise en oeuvre par l’Empire. (…) L’article 3 précise : « Ne seront admis comme noms de famille aucun nom tiré de l’Ancien Testament, ni aucun nom de ville. » Une restriction destinée, (…), à « faciliter la fusion des éléments juifs avec le reste de la population, en leur évitant de se singulariser par leur nom. »

Comment les noms nous identifient-ils ? De quels lieux sont-ils porteurs ? Comment nous approprions-nous nos noms ? Comment les prononçons-nous ? De quel accent viennent-ils ?
Tissu de vie, visage d’exil, nom de passe, accent de langue et langue d’ailleurs... C’est cette route de soi que nous souhaitons poursuivre au croisement des disciplines et des lieux de passage au plus près de ce soi-même : chacun avec sa langue et son histoire, avec tous ses noms sur soi qu’ils soient changés ou non.

A lire sur le Web :

- Some Jews in France wish to revert to family names [Los Angeles Times]
http://articles.latimes.com/2010/jul/17/world/la-fg-france-jews-20100718

- Des Français juifs réclament le droit de reprendre leur patronyme d’origine. [Libération]
http://www.liberation.fr/societe/0101614674-des-noms-interdits

- « Avec cette francisation, je me suis senti étranger » [Libération]
http://www.liberation.fr/societe/0101614676-avec-cette-francisation-je-me-suis-senti-etranger

- Jews pressured into adopting ’French-sounding’ surnames fight to change them back [The Telegraph]
http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/france/7898978/Jews-pressured-into-adopting-French-sounding-surnames-fight-to-change-them-back.html

- La sfida degli ebrei francesi « Ridateci i nostri cognomi » [Corriere della Sera]
http://archiviostorico.corriere.it/2010/luglio/21/sfida_degli_ebrei_francesi_Ridateci_co_9_100721016.shtml


Retrouver la composition du comité scientifique, le dispositif, la liste des intervenants, le programme détaillé... dans le programme ci-joint :