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Le nom de Schibboleth

Schibboleth, profération radicale qui porte le mot en avant, l’énonce comme épreuve critique décisive de la filiation, de l’identification et résonne d’une tradition vivante d’écriture orale – de la Bible jusqu’à Paul Celan, Jacques Derrida, en passant par Sigmund Freud ; mot de passe, mot hébreu, « épi », produit du travail de culture des hommes, ressource de vie et de transmission, mot de la signifiance du langage et symbole de l’altérité.

La Bible (Juges, 12) rapporte, juste avant l’histoire de Samson, un épisode des conflits tribaux qui déchirèrent les enfants d’Israël après la mort de Josué. Les hommes de la région de Galaad, emmenés par Jephté, se libérèrent du joug des Ammonites, peuple païen. Or, leurs voisins, hommes de la maison d’Éphraïm, avaient fait la sourde oreille quand, avant la bataille, Jephté les avaient appelés à l’aide. Est-ce pour cela qu’ils vinrent lui chercher querelle après la victoire contre les Ammonites ? Jephté les vainquit. Et il s’en trouva parmi eux qui, fuyant vers leur terre via le Jourdain gardé par les Galaadites, renièrent qu’ils étaient d’Éphraïm. Pour les reconnaître, les Galaadites leur demandèrent de dire « Schibboleth ». Suite à un défaut de prononciation, ils disaient « Sibboleth »

En hébreu, schibboleth signifie « épi de blé ». Il peut donc aussi désigner le fruit de la culture, celle qui nourrit ; fruit de ce « travail de civilisation » toujours à reprendre, saison après saison, génération après géné-ration.

Freud (au commencement de Le Moi et le Ça) qualifie de « schibboleth de la psychanalyse » le seuil de départ entre ceux qui le suivent et ceux qui s’y refusent dans son étude scientifique des processus psychopathologiques. Le discriminant est la prise en compte du concept d’inconscient, son existence et sa portée. Pour qui franchit ce seuil, la conscience perd de sa suprématie, parce qu’elle n’est plus identique à ce qu’on nomme l’esprit : elle n’en est qu’un état, un moment facultatif.

Dans l’œuvre de Paul Celan, « Schibboleth » titre un poème du recueil Von Schwelle zu Schwelle (De seuil en seuil) ; il y est cri du cœur, cri de guerre, de rage, de résistance :
[…]
Ruf’s, das Schibboleth, hinaus
in die Fremde der Heimat :
Februar. No pasarán. .