Accueil > Colloques & Séminaires > Shmattes : la mémoire par le rebus

Shmattes : la mémoire par le rebus

Route de soi/ route de l’Un

Sous la direction de Céline Masson, Maître de conférences à l’Université Paris 7-Denis Diderot

Colloque parlé, visuel et sonore

Trois strates, trois temps, un terrain de fouille :
Strate I : Fouille : 29 mars — Le mot-tissu : Shmattès ( tissu déchiré, fripes) : la route de soi. Langue (le yiddish) et métier de l’exil
Strate II : Fouille : 30 mars — La mémoire par le tissu : le tissu dans le judaïsme
La route de l’Un/lin
Strate III : Fouille : 31 mars — Le tissu-mémoire : L’Homme Freud et son monothéisme ; Retour du rebut/retour du refoulé

Partenaires : Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, l’O.S.E (Œuvre de Secours aux Enfants), la revue l’Arche, l’Union des Etudiants juifs de France (UEJF), le Musée Freud de Londres, la Halle Saint-Pierre, le Beit Lo’hamei Haguetaot (Musée des combattants des ghettos, Israël), Radio RCJ, la Maison de la culture yiddish (Medem), la Sogeres.
Avec le soutien de Maxi Librati et de l’agence de voyages Travelia

« L’air est maintenant tout empli d’un tel fantôme »
Goethe, Faust cité par Freud

Argument

- Quelle différence y-t-il entre un tailleur et un psychanalyste ?
- Une génération

Introduire ce colloque par un mot d’esprit nous permet de donner le ton de ces trois journées d’études autour d’un mot de la culture juive, et spécifiquement de la culture juive ashkénaze, afin de reconstituer le tissu d’une mémoire transmise au fil des générations. Ce mot est le mot yiddish « shmattè » [1] qui évoque le métier de tailleur mais aussi celui de la fripe et de la confection. A partir de ce mot et du travail d’un artiste, Michel Nedjar [2], ancien tailleur de père en fils, qui a créé des poupées avec des shmattès (des chiffons), nous proposons de travailler dans un premier temps, la question des langues et de leur transmission, la question identitaire au travers de l’émigration des juifs d’Europe de l’Est, de l’exclusion et de l’antisémitisme. Nous entendrons aussi d’anciens tailleurs devenus écrivains, parler du rapport entre les shmattès et leur écriture. En somme, au travers de ce mot, shmattè comme un mot de passe au fil de soi, nous interrogerons le tissu et le tissage de la mémoire.

Toujours sur le fil de la mémoire et de l’histoire d’une culture, un deuxième temps abordera l’articulation du profane et du sacré à travers l’évocation du tissu dans la Bible et de la dimension symbolique qu’il revêt.
- Quelle était la profession de ton père avant qu’il prenne sa retraite ?
- Mon père était ailleurs !
Tailleurs de l’exil, ailleurs de tissus. Le Dieu de Moïse, tailleurs de pierre, qui pour transmettre sa loi, l’inscrit en lettres gravées sur des tables de pierre.
Nous aborderons alors l’articulation du sacré et du profane à travers l’évocation du tissu dans la Bible. De la robe du Grand Prêtre décrite dans le moindre détail dans le Lévithique, au Taleth de prière, nouage et tissage du sacré dont se revêt le juif religieux. Et en opposition radicale, l’interdit de mélanger les fils d’origine végétale et animale. Loi qui renvoie à l’interdit de l’inceste. Ne pas mélanger les fils.
Ne pas mélanger les générations, loi au fondement de la structure de toute société humaine et point de capiton de notre troisième niveau de recherche, shmattè devenu tissu social, qui relance l’approche psychanalytique de ce signifiant du rebut, symptôme par excellence, reste de bout de soi qui constitue cependant encore une enveloppe. Shmattè circule comme un mot de passe, fonctionne comme un schibboleth, au même titre que le paradigme du rêve ou la théorie du symptôme (figure même de la chute).
Ce troisième niveau de recherche, qui sous-tendra l’ensemble, propose de travailler l’Homme-Freud et son monothéisme, le tissu et le rebut en psychanalyse. Shmattè, devenu tissu social, mot d’esprit, appartenance, histoires de vie, a résisté à Shoah, à la mort et à l’anéantissement.

La nécessité de ce colloque s’est imposée dans une actualité de sourde régression, de confusion des langues, de manipulation du langage, de réduction de la réalité à des projections idéologiques où refait surface l’antisémitisme.
Ce colloque, tissé à partir de plusieurs lieux, figure les transferts culturels au travers des langues, yiddish, hébreu, français, anglais, les mouvements d’exil, le tissage d’une mémoire vivante, le travail psychique de la filiation et de la transmission.

Chaque « atelier » de travail est enrichi d’un dispositif artistique rappelant à l’auditeur que dans l’atelier de confection, les shmattès sollicitent tous les sens.
Alors shmattè comme une autre forme de colloque, est un pari, faire travailler ce « soi-même » (expression de Paul, juif polonais ancien shmattologue). Shmattè c’est de la matière, c’est du contact et une odeur, c’est le bruit des machines à coudre car c’est comme son nom le dit, la vie dans des ateliers de confection. A chacun son métier !

Coordinateurs de journées :

Dispositif parlé :
Pour la France : Abram Coen, Eric Ghozlan, Claude Maillard, Céline Masson, Michel Wolkowicz.
Pour Israël : Francine Kaufmann (Professeur à Bar Ilan), Michel Wolkowicz.

Dispositif visuel : Michel Nedjar, artiste, Céline Masson, André Elbaz, artiste.
Dispositif sonore : Yacov Weil, hazan (chantre), baryton.

Comité d’organisation :

Abram Coen, Danièle Brun, Olivier Douville, André Elbaz, Pierre Fédida, Eric Ghozlan, Christian Hoffmann, Francine Kaufmann (Bar Ilan), Claude Maillard, Céline Masson, André Michels, Michel Nedjar, Robert Samacher, Alain Vanier, Meïr Waintrater, Régine Waintrater, Michel Wolkowicz.

Intervenants :

Francine Kaufmann (Israël), Meïr Waintrater, Gérard Rabinovitch, Mickaël Molnar, Jean Baumgarten, Astrid Starck-Adler (Suisse), Eric Ghozlan, Henri Raczymov, Franklin Rausky, Myriam Anissimov, Eliane Corrin, André Michels, Benjamin Gross (Israël), Armand Abécassis, Georges Hansel, Marc-Alain Ouaknin (Israël), Raphaël Drai, Gérard Zyzek, Alain Vanier, Danièle Brun, Catherine Desprats-Péquignot, Paul-Laurent Assoun, Jean-Richard Freymann, Christian Hoffmann, Laurie Laufer, Max Kohn, Michel Wolkowicz, Olivier Douville, Roland Gori, Henri Bulawko, Itzhok Niborski, Abram Coen, Claude Maillard, Jean-Claude Grumberg, Alain de Mijolla, Régine Waintrater, Anne Tricaud, Marie-France Dubromel, Gisèle Harrus-Revidi, Gérard Haddad, Robert Samacher, Jean-Pierre Winter, Shmuel Trigano, Tsvia Walden (Israël), Thierry Alcoloumbre (Israël), Esther Orner (Israël), Nadine Vasseur, Gerda Elata-Alster (Israël), Bluma Finkelstein (Israël), Régine Robin (Canada), Mireille Belis, David Mendelson (Israël), Yael Armanet-Chernobroda (Israël), Mihal Gans (Israël), Itaï Lotmer (Israël).

Artistes :

Michel Nedjar (artiste plasticien), André Elbaz (artiste plasticien), Yacov Weil (hazan, baryton), Ivry Gitlis (violoniste), Talila (chanteuse), Vincent Airault (compositeur, guitariste), Alex Szalat (cinéaste), Robert Bober (cinéaste), Jean-Luc Parant (poète, artiste), Bluma Finkelstein (poétesse), Jean-Claude Grumberg (auteur), Patrick Loterman (comédien), Patrick Hadjadj (auteur, metteur en scène), Danièle Seyrig (quilteuse-couturière).

Notes

[1Du polonais szmata, le tissu déchiré, le chiffon, le rebut. Shmattès est un mot qui évoque le métier de tailleur mais aussi celui de la fripe et de la confection.

[2Michel Nedjar est l’un des fondateurs du Musée d’Art Brut L’Aracine. Il utilise le mot de shmattès pour parler de la matière avec laquelle il compose ses œuvres. C’est après avoir vu le film d’Alain Resnais « Nuit et Brouillard » qu’il dira « tous ces morts sur moi » et qu’il décidera de créer des poupées informes faites avec des shmattès. Il arrêtera son métier de tailleur transmis par son père mais poursuivra autrement ce travail du tissu et de la coupe, de la chute et du rebut. C’est l’œuvre de cet artiste qui a stimulé le motif de ce colloque et qui en a donné le fil rouge.